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Analyses

La RDR : Retail Distribution Review


Le boom d’Internet, la mondialisation, la consommation de masse sont autant de facteurs qui rendent le consommateur de produits financiers de plus en plus exigeant. Parallèlement, les inquiétudes sur l’avenir se sont renforcées à cause d’une situation économique difficile et qui dure. Le conseil financier a donc un rôle primordial dans la réponse aux attentes de ces consommateurs. C’est pourquoi, aujourd’hui, le rôle du conseiller financier est au centre des réflexions des acteurs du marché dans le monde entier : est-il celui des fournisseurs de produits et donc un vendeur ? ou bien est-ce celui des consommateurs et donc un conseiller digne de confiance ? Le débat entre chacun des acteurs (consommateurs, politiciens, régulateurs, medias, conseillers) est lancé sur autant de sujets comme les commissions et autres frais, l’information aux consommateurs, les qualifications des conseillers, le devoir de confiance, etc.

C’est dans ce contexte qu’en juin 2006, la Financial Services Authority (FSA) du Royaume-Uni a lancé une étude sur le placement auprès des particuliers britanniques (Retail Distribution Review ou RDR). Elle désire faire le point sur 21 ans de régulation des marchés d’investissement Retail.

Le marché britannique

La RDR s’adresse à toute entreprise fournissant ou distribuant des produits et services d’investissement aux particuliers britanniques. La plupart des conseillers financiers reçoivent une commission sur les produits vendus, même si la rémunération fondée sur des frais de conseil devient de plus en plus populaire.

Au Royaume-Uni, le conseil financier peut être procuré par un conseiller financier (financial adviser) ou par un courtier (stock broker). Les conseillers financiers britanniques se distinguent en conseillers « tied », « multi-tied » ou indépendants (IFA ou Independant Financial Adviser). Evidemment, on comprend facilement le biais induit par la rémunération des conseillers financiers par des commissions : un produit qui a une commission plus avantageuse aura tendance à être vendue davantage par le conseiller percevant cette commission.

Tous les produits financiers sont dans le scope, mais les particuliers ont toujours été plus attirés par des placements peu risqués, et cet attrait s’est d’ailleurs renforcé depuis la crise des Subprimes.

La préparation de la retraite est une des préoccupations majeures des particuliers britanniques, d’autant que l’avenir se noircit : la retraite des Britanniques de plus de 55 ans ressemble de plus en plus à une peau de chagrin. Ci-dessous deux études intéressantes :
Aviva : méconnaissance de l’épargne retraite
Life & Pensions Moneyfacts.co.uk : le taux (annuité/cotisation) en chute libre

La problématique au Royaume-Uni

La FSA a donc voulu rassembler les problèmes récurrents liés à la distribution des produits financiers aux particuliers en consultant l’ensemble des acteurs du marché :

  1. Un grand nombre de produits ont une structure de charges trop complexe.
  2. Ces produits, méconnus du grand public, sont mal vendus.
  3. Le consommateur dit ne pas bénéficier de suffisamment d’informations sur le produit, le risque associé, et la manière dont est calculé son prix. Cette opacité lui fait perdre confiance.
  4. Cette méconnaissance des produits, conjuguée à un faible attrait, fait que les particuliers demeurent une force trop faible dans l’industrie financière.
  5. Les particuliers achetant ces produits passent donc en général par des conseillers financiers. Or, ceux-ci sont rémunérés par les fournisseurs de produits financiers, ce qui représente un conflit d’intérêt, au détriment du consommateur particulier.
  6. Les possibilités de recours pour le consommateur sont réduites, vu que les conséquences d’un mauvais conseil financier ne sont visibles que plusieurs années plus tard.
  7. Certaines entreprises s’aperçoivent que le coût engendré pour informer les particuliers est si élevé qu’elles préfèrent ne pas cibler ce type de consommateurs.

Par conséquent, ni l’industrie financière, ni le consommateur particulier ne ressort gagnant de cette situation. Les acteurs semblent d’ailleurs s’accorder pour dire que le moment est venu d’agir.

Le travail mené par la FSA : la RDR

La FSA voit dans ce contexte une opportunité pour s’attaquer aux problèmes récurrents du marché Retail et la RDR est le fil directeur de sa stratégie, qui s’articule autour de deux principaux objectifs :
– augmenter la consommation des particuliers ;
– s’assurer que les entreprises fournissent des services et produits équitables aux particuliers.

La FSA a déjà publié un certain nombre de « discussion papers » auxquels les acteurs du marché ont répondu. Les principaux documents sont les suivants, mais vous trouverez ci-dessous un bref résumé de la situation au 01/01/2010 :
– DP07/1: (June 2007) A Review of Retail Distribution
CP09/18: Distribution of retail investments: Delivering the RDR
CP09/31: Delivering the Retail Distribution Review (ouvert jusqu’au 16/03/2010 pour consultation et réactions)

La RDR, désirant revoir en profondeur la relation entre les clients et leur conseiller/fournisseur de services financiers, propose :
– d’interdire les commissions versées aux conseillers financiers par les fournisseurs de produits, pour éliminer le risque de conflits d’intérêts, et d’adopter à la place une rémunération à base d’honoraires pour les conseils financiers (les frais dits « de conseil ») ;
– de renforcer les normes professionnelles en obligeant tous les conseillers financiers à approfondir leur connaissance des produits et à réussir un examen ;
– de distinguer entre les conseillers qui font des recommandations sur la base d’un examen impartial du marché et ceux qui vendent des produits mis au point par un seul fournisseur.

Périmètre : Les changements toucheraient l’ensemble des maisons de courtage, des banques, des assureurs, des gestionnaires de patrimoine et des conseillers financiers. Les travaux sur le RDR ont commencé en 2006 ; les règles finales sont attendues en 2010 et devraient entrer en vigueur à la fin de 2012.

La RDR : un jour en France ?

En France, nous n’avons pas d’IFA mais des CGP (Conseillers en Gestion de Patrimoine) et des CIF (Conseillers en Investissement Financier), eux-aussi plus ou moins indépendants selon les cas.

Pour les Français aussi, la retraite est une préoccupation majeure. J’écris cet article au moment du troisième sommet social du gouvernement : à la question de savoir à qui les Français font « le plus confiance pour sauvegarder le système des retraites », 45 % répondent « les salariés eux-mêmes »

En France aussi on s’interroge sur la réelle transparence de la rémunération des conseillers financiers quand ceux-ci s’adressent à des particuliers.

Et en France comme au Royaume-Uni, des initiatives vont déjà dans ce sens, qu’elles proviennent de l’industrie financière ou des représentants des particuliers. En France, nous avons par exemple le Forum de l’Investissement Responsable qui a fait voter des lois :
La loi instituant le Fonds de Réserve pour les Retraites
La loi portant généralisation de l’épargne salariale
– etc.

Finalement, MiFID lançait déjà le débat en 2007 : La directive MiF stipule que les acteurs des marchés financiers doivent procurer plus de transparence à leurs clients, en particulier vis à vis des coûts de rémunération. Il semble que l’on en soit aujourd’hui encore loin, en témoignent ces articles mettant en exergue les obligations relatives à cette transparence, à géométrie variable suivant que l’on est CIF ou CGPI :
– Le CIF pourrait fournir une information plus détaillée sur son mode de rémunération
– Un système de preuve utile mais peu adapté pour les CGP

D’où l’intérêt de la RDR. En réalité, que ce soit en Australie, en Afrique du Sud, au Royaume-Uni, aux Etats-Unis ou en France, les régulateurs rencontrent des problèmes similaires et partagent donc un certain nombre de pratiques. Ce sont autant d’initiatives proactives qui vont globalement dans le même sens que la RDR et nous pouvons attendre les retombées de ces réflexions très bientôt sur le territoire français, si ce n’est européen.

Pour approfondir :
Oxera Report: Retail Distribution Review proposals: Impact on market structure and competition [PDF]
Deloitte report: Firm behaviour and incremental compliance costs [PDF]
La Retraite en France
Le blog de MiFID

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Discussion

Une réflexion sur “La RDR : Retail Distribution Review

  1. « Dramatique. » C’est ainsi que la filière de la gestion d’actifs qualifie l’impact de la Retail Distribution Review (RDR) entrée en vigueur outre-Manche le 1 er janvier dernier. Le Royaume-Uni s’adapte à une révolution dans la distribution des fonds, par Nicolas Madelaine | 05/03 | 07:00 – Les Echos
    http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/finance-marches/gestion-actifs/0202607138822-le-royaume-uni-s-adapte-a-une-revolution-dans-la-distribution-des-fonds-544084.php

    Publié par aurga | 10 mars 2013, 12:58

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